Chronique : La relation avec son psy et le simple “tu”
CHRONIQUE. Chaque mois, la psychologue Claire Petin partage son point de vue de psy et explore des sujets d’actualité. Ce mois-ci, elle dévoile ce que peut révéler un simple « tu » dans la relation avec son psy.
Fréquemment en consultation, il arrive que mes patients laissent échapper un « tu » au lieu du « vous » lorsqu’ils me parlent. Il n’est pas rare qu’un malaise s’installe chez le patient… Pour ma part, j’en souris ! Mais alors, que révèle ce lapsus et quel intérêt doit-on lui accorder ?
Le vouvoiement comme norme en consultation
Cette pratique varie selon la formation, le cadre, la patientèle et le contexte socioculturel de chaque praticien. Ainsi, avec mes patients adultes, j’instaure le vouvoiement dès le début de la prise en charge.
Assurer un espace sécurisant
Les patients ont également des préférences variées : certains se sentent plus à l’aise avec le tutoiement, tandis que d’autres apprécient la distance et la formalité du vouvoiement. Il est vrai qu’avec le temps, une certaine proximité peut s’installer et le tutoiement peut sembler une évolution naturelle. Il favoriserait un climat de confiance et pourrait encourager le dévoilement de soi du patient.
Une relation thérapeutique asymétrique
Il arrive que certains patients ne comprennent pas cette distance et se demandent pourquoi ils ne peuvent pas tutoyer la personne à qui ils confient les aspects les plus intimes de leur existence. Je leur explique que selon moi, cette distance permet de préserver le cadre thérapeutique, évitant ainsi les malentendus et assurant un espace sécurisant et professionnel pour leur travail thérapeutique.
Ainsi, si le vouvoiement peut être perçu comme inégalitaire, il n’a pas pour but d’instaurer une hiérarchie entre le psychologue et le patient mais témoigne du fonctionnement même de la relation thérapeutique qui est foncièrement asymétrique. Il est important d’aborder cette question dès le début de la thérapie pour comprendre le cadre proposé par le psy et établir des limites claires dans l’échange.
Un “tu” transgressif ?
Parfois, il arrive qu’un « tu vois » ou un “tu sais” s’échappe de la bouche d’un patient de manière inopinée, souvent lorsqu’il est profondément engagé dans son récit. Ce lapsus crée un effet de surprise, une rupture dans l’échange qui peut faire sourire. Les patients, conscients de ce lapsus, expriment généralement de la gêne et s’excusent immédiatement.
Ce phénomène peut être particulièrement fréquent chez les patients que je reçois depuis longtemps et avec lesquels existe une bonne alliance thérapeutique. Le tutoiement apparaît alors comme une marque de familiarité et de proximité, un acte spontané et sincère, révélant un certain lâcher-prise dans leur discours. Je le perçois généralement avec bienveillance, sans lui accorder un intérêt démesuré lorsqu’il ne relève pas d’une transgression volontaire du cadre.
Si cela devait vous arriver, ne soyez pas gêné et ne culpabilisez pas, le psychologue ne vous en tiendra pas rigueur.
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